Le Disneyland de l’alimentation ouvre en Italie

C’est l’un des ambitieux projets du bouillonnant Oscar Farinetti, le fondateur de la chaîne de distribution mondiale Eataly qui depuis 2004 a fait de la gastronomie italienne la clé de son succès. Fico Eataly World, dont les travaux ont été lancés il y a deux ans, en prolongation de l’Expo de Milan, ouvrira enfin ses portes le 15 novembre dans la ville de Bologne. Avec ses 10 hectares, il sera le plus grand parc d’attractions entièrement consacré à l’agro-alimentaire du monde, explorant les parcours du made in Italy gastronomique du champ jusqu’à la fourchette.

Éduquer à la valeur de la nourriture

A l’origine, le projet est né d’une volonté surtout éducative: celle de «restituer la valeur qu’elle mérite à la nourriture, notion malheureusement perdue pendant les dernières décennies, y compris dans un pays pourtant attaché aux traditions comme l’Italie», expliquait à La Tribune en 2015 le professeur de l’Université de Bologne Andrea Segrè, à qui l’on doit l’initiative. L’universitaire y voyait la meilleure manière de lutter contre le gaspillage alimentaire, mais aussi contre le gâchis architectonique, puisqu’il avait conçu l’installation du nouveau parc dans un lieu abandonné bien que tout récemment rénové: l’ancien marché de gros de fruits et légumes de la ville, dont la taille s’est significativement réduite à cause des changements dans l’organisation de la distribution. Situées à côté de la faculté d’agronomie, ces halles sont depuis 2012 de surcroît équipées du plus grand parc photovoltaïque d’Europe, dont les 44.000 panneaux solaires alimenteront désormais Fico (pour «Fabbrica italiana contadina», fabrique italienne paysanne) Eataly World.

L’avancement des visiteurs dans ce lieu physique consacré à l’éducation au goût correspondra ainsi à une découverte progressive des principales filières productives du secteur agroalimentaire de la péninsule, de la charcuterie jusqu’au vin. Deux hectares du parc accueilleront notamment 200 animaux (porcs, vaches, volaille etc.) et 2.000 espèces végétales (agrumes, truffes, vignes…) fournissant la matière première des divers produits, alors que dans 40 laboratoires, reproduisant des usines en miniature, seront fabriquées en temps réel quelques-unes des principales spécialités qui fondent la réputation gastronomique de la Botte: mortadelle, mozzarella, panettone, pâtes, huile d’olive… Six «manèges éducatifs», des salles de classes, une librairie, une Bourse aux céréales une fois par semaine et un centre de congrès pouvant accueillir jusqu’à 1.000 personnes compléteront la dimension pédagogique du lieu.

De la dégustation à la chasse aux truffes

L’arrivée de Oscar Farinetti a permis de développer le deuxième pendant du projet: son énorme potentiel commercial. «Nous voulons qu’il [Fico Eataly World] soit vécu comme un grand parc d’attractions», a récemment insisté l’entrepreneur auprès de la presse locale. Si l’entrée sera gratuite, sept jours sur sept et de 10h à minuit, les produits des divers laboratoires seront ainsi en vente, sous une marque enregistrée dédiée: Fico. 500 vélos munis de réfrigérateurs et une piste cyclable faciliteront leur transport à l’intérieur, alors qu’un énorme bureau de poste permettra de les envoyer directement à son propre domicile. 40 restaurants, cafés ou comptoirs offriront pour leur part une consommation sur place. Jusqu’à environ 80 entre cours et événements payants seront en outre organisés chaque jour, afin d’offrir de véritables expériences aux visiteurs: préparation des pâtes, chasse aux truffes, dégustations etc.Sans compter les bars à vin et à cocktails (rigoureusement italiens), le terrain de beach volley, l’espace massage…

Globalement, la société qui gérera Fico Eataly World, détenue à 50% par Eataly et à 50% par la coopérative italienne Coop, table sur 6 millions de visiteurs par an, dont 2 millions d’étrangers, et se prépare donc à gérer une affluence de quelque 15.000 personnes par jour. Le chiffre d’affaires espéré dépasse les 70 millions d’euros annuels.

Un effet de levier sur l’agro-alimentaire italien

Financé à hauteur de 120 millions d’euros par une fondation dédiée, réunissant acteurs publics et privés, Fico Eataly World est toutefois aussi une aubaine pour Bologne et sa région. Le projet du parc à lui seul a permis la création de quelque 700 emplois locaux directs et 3.000 indirects. Mais surtout, pour cette ville moyenne (390.000 habitants) jusqu’à présent plutôt ignorée par les touristes malgré sa position stratégique entre Venise et Florence, c’est l’occasion imparable de les convaincre à une halte au-delà des 2h30 que -repas inclus- devrait prendre la visite du parc. La municipalité a d’ailleurs elle-même investi: environ un demi-million d’euros, selon Il Corriere della Sera, consacrés essentiellement à la signalisation routière ainsi qu’à l’extension des pistes cyclables et à l’installation de bornes de recharge des véhicules électriques. Des bus hybrides assureront le service de navette avec la gare.

Eataly parie aussi sur l’effet de levier de ce type d’initiatives sur l’ensemble de l’agro-alimentaire italien: un secteur pourtant déjà à preuve de crise, puisque en 2014 ses  exportations ont atteint le montant record de 34 milliards d’euros. «Nous pouvons les multiplier par cinq», déclarait néanmoins Oscar Farinetti en 2015 à l’Expo de Milan. L’importance nationale du projet est d’ailleurs soulignée par la récente souscription d’un partenariat entre Fico Eataly World et Trenitalia, qui offrira des prix avantageux aux voyageurs visitant le parc dans 152 trains grande vitesse. Et ce sera le Premier ministre italien, Paolo Gentiloni, à inaugurer le parc le 15 novembre.

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