COP23 : sur le climat, les engagements ne suffisent plus

C’était l’une des rares mesures concrètes décidée lors de la Conférence sur le climat (COP) de Copenhague en décembre 2009, avant d’être réitérée lors de la COP21 à Paris il y a bientôt deux ans. A compter de 2020, les pays riches s’engageaient à mettre à disposition des économies en développement une enveloppe annuelle de 100 milliards de dollars destinée à financer leur adaptation et leur action contre le changement climatique.

L’énergie au coeur de l’équation climatique

La production d’énergie, responsable d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial, joue un rôle essentiel dans l’équation climatique. Cela est encore plus vrai dans les pays en développement, qui ont vu leurs émissions flamber à mesure de leur développement économique, à l’image de la Chine, où elles ont crû de 65% entre 2002 et 2012. C’est pourquoi,à l’échelle mondiale, les énergies propres constituent un levier d’action central de lutte contre le changement climatique.

Mais d’après les calculs de Bloomberg New Energy Finance (BNEF) regroupés dans son rapport Climatespace, il y a peu de chances que la finance dédiée aux énergies renouvelables suffise à atteindre l’objectif de 100 milliards de dollars par an fixé à l’horizon 2020. En effet, les fonds investis par les pays riches membres de l’OCDE dans les pays émergents non membres n’ont pas dépassé, en 2016, la barre des 10 milliards de dollars, en baisse par rapport aux 13,5 milliards investis en 2015.

La Chine première responsable de la baisse des investissements

Ce montant comprend à la fois des fonds publics, essentiellement via des banques de développement, et des institutions dédiées au commerce international, et des capitaux 100% privés. De façon générale, les investissements dans les énergies renouvelables réalisés dans les pays hors OCDE ont chuté de 111,4 à 151,6 milliards de dollars entre 2015 et 2016. A elle seule, la Chine, premier marché mondial, est responsable des trois-quarts de cette baisse. Mais les autres pays ont également connu des diminutions de leurs investissements de 25%. Pour autant, grâce à l’effondrement des coûts de ces énergies, ces baisses d’investissements n’entraînent pas nécessairement un recul des capacités installées.

Investir 5400 milliards de dollars de plus d’ici à 2040

L’ONU estime, pour sa part, à 60,5 milliards de dollars en 2014  les investissements liés au climat dans d’autres secteurs que l’énergie, ce qui porte la globalité des investissements dédiés au climat à 71,3 milliards, nettement en-dessous de l’objectif de 100 milliards pourtant fixé à partir de 2020, c’est-à-dire dans trois ans à peine.

Dans son rapport « New Energy Outlook », BNEF évalue à 8.700 milliards le montant qui sera investi dans les énergies décarbonées d’ici à 2040. Mais pour respecter l’objectif de l’Accord de Paris (limiter à +2°C -la hausse moyenne des températures), il faudrait allonger cette enveloppe de 5.400 milliards supplémentaires.

Moins d’un pays en développement sur cinq doté d’une stratégie climat

Si les pays riches ont péché par frilosité sur le plan financier, les pays en développement prêtent, eux aussi, le flanc à la critique. Ils sont très en retard dans l’élaboration de politiques climatiques susceptibles de leur permettre d’atteindre leurs engagements, les fameux NDC (nationally determined contributions). Si 76% des 71 Etats étudiés se sont fixé des objectifs de limitation de leurs émissions de CO2, les deux-tiers d’entre eux seulement ont mis en place les politiques nécessaires, telles que des tarifs d’achat ou des enchères pour soutenir les énergies renouvelables. Et seuls 18% ont mis en place des stratégies globales de réduction de leurs émissions. Cette absence de cadre réglementaire adéquat est fortement préjudiciable aux investissements privés et au passage à l’échelle.

Menaces sur la confiance entre pays riches et vulnérables

Un tel écart entre les paroles et les actes fait écho à la mise en garde adressée par l’ONU la semaine dernière, mettant la communauté internationale en garde contre l’écart «catastrophique» entre actions et besoins.

Au-delà des effets directs sur le développement de solutions décarbonées, ce constat alerte sur le risque d’un déficit de confiance entre pays développés et pays plus vulnérables, qui est la clé d’une décarbonation massive de l’économie mondiale.

En effet, dans le cadre de l’Accord de Paris, de nombreux pays en développement ont conditionné leurs engagements à l’apport par les pays riches d’un soutien à la fois financier et technique. Certains d’entre eux sont même allés jusqu’à menacer de les annuler purement et simplement dans le cas où ces soutiens ne seraient pas débloqués.

Pour toutes ces raisons, cette COP23 qui se tient à Bonn jusqu’au 17 novembre pourrait jouer un rôle nettement plus déterminant qu’il n’y paraît.

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